Le carnaval de Gozée

J’ai déjà assisté au carnaval de Binche. Dans un article je décrivais les émotions que l’on peut ressentir dans une telle cavalcade.
Ici, je me suis intéressé à la transformation de l’homme en Gille. Mon objectif a capturé toutes les étapes de cette métamorphose depuis le bourrage (ou bossage)  dans la nuit jusqu’au grand feu.
Les Gilles de Gozée ont gentiment accepté la réalisation de ce petit reportage et je les en remercie chaleureusement.

L’homme se réveille au milieu de la nuit pour se prêter au rituel du bossage de Gille. Revêtu d’un costume (balot) trop large pour lui et d’un pantalon assorti (marone), il attend les bras ballants que le bosseur le transforme en beau Gille bien bossu et bien ventru. Après avoir noué un mouchoir de cou pour protéger la peau contre les morsures de la paille, le bourrage peut commencer.

Pour former les deux bosses qui caractérisent le Gille, le bosseur façonne des torchettes de paille d’avoine qu’il glisse sous la blouse en toile de lin du futur Gille. Côté torse et côté dos, nous voyons naître de belles rondeurs sensées, à l’origine, protéger le gille des maladies et des malheurs.

La métamorphose s’achèvera lorsqu’il sera paré de ses derniers atours: le bonnet blanc (barette) et le bridon qui le fait ressembler à une victime d’une rage de dents.  Sur les épaules, on lui pose une collerette blanche  (pèlerine) agrémentée d’une frange dorée.

Le grelot sur la poitrine et l’apertintaille en guise de ceinture cadenceront les pas martelés sur les pavés par des sabots de bois. Les pas frappés du Gilles font fuir l’hiver pour que le printemps puisse arriver.

L’homme enfin devenu Gille déguste sa première coupe de champagne.

Le matin, il marquera la mesure en agitant son ramon et l’après-midi, il l’échangera contre un panier d’oranges qu’il lancera au public.

Il faut souligner l’importance de la femme du Gille. Elle joue un rôle important tout au long de cette journée.
Elle habille le Gille après le bossage et garde un œil sur le Gille pour faire attention à ce qu’il ne manque de rien : le Gille doit toujours avoir à boire et son panier d’oranges toujours plein lors du cortège . En remerciement, elle reçoit un bouquet de mimosa.

Le départ a lieu avant l’aube au son du tambour et du fifre. Le fifre ne pourra accompagner les  Gilles que jusqu’au lever du soleil. Aux premières lueurs du jour, le fifre devra se taire. Le groupe de Gilles s’étoffera au fur et à mesure des ramassages en musique d’autres membres dans le  village.  Une cérémonie de remise des médailles est prévue à la Maison Communale avec champagne et dégustation d’huîtres.

L’après midi, le groupe de Gilles rejoint alors le cortège pour défiler dans la ville avec les différentes associations. Les différentes associations présentent au public les costumes, chars et chorégraphie mis au point durant l’année. Les Gilles lancent leurs oranges aux bras tendus et aux enfants émerveillés.

Les Gilles se retrouvent ensuite dans les foyers pour déguster les gaufres de Gozée.  La recette est secrète. Le mieux, c’est d’aller les déguster sur place, elles auront en plus un goût de carnaval.

La fin de l’après midi se ponctue par deux feux. Les Gilles « brûlent leur bosse »  et le cortège va au « grand feu ».

Les Gilles sacrifient un mannequin de Gille pour mettre fin au carnaval.

Le cortège va au grand feu. La veille, les habitants de la ville ont ramassé et entassé des branchages au milieu d’un champ. Au milieu, une grande perche pointe vers le ciel. Les derniers mariés de l’année sont à l’honneur de ce grand feu. Lors de la préparation du tas de branches, la mariée accroche sa jarretière à la grande perche. On appelle ça « faire pipi au pot ».

Ce même couple allume le Grand feu le soir du carnaval, et tant que la perche reste debout, les fêtards dansent autour du grand feu aux sons des trompettes et des tambours.

Vivement le prochain carnaval …




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